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Alessandro Papetti

"De palais en usines" du 11/03/2004 au 15/05/2004

Autre exposition

 

ALESSANDRO PAPETTI
De palais en usines

Gaspilleuses en énergie fossile, les villes sont prodigues en énergie vitale. Papetti l’a compris. Pour lui, la ville c’est la vie. Elle dispense de l’émotion à profusion, des souvenirs, des envies, des colères. De la lumière, de l’ombre, des reflets. De l’ordre et du chaos. A prendre ou à laisser comme un tout, car la ville est complexe.

Papetti nous enivre de perspectives. Il nous suffit, en arrière-plan d’un de ses portraits, d’observer les lignes de fuite des lames du parquet luisant de son atelier et notre esprit décolle... survole la scène... on est pris de vertige ! La même instabilité spatiale nous saisit à l’intérieur d’un palais italien encombré d’ornements qu’il nous restitue dans son étouffante profusion. Avec tous les excès de ses moulures, les enfilades, les éclats des cristaux ! Les secrets d’une vieille et noble famille imprègnent encore le décor. Ces vanités seront un jour dispersées aux enchères, mais, en attendant, les objets que son pinceau capture ont encore un intense pouvoir de témoignage. On voit bien que derrière l'ordonnance inchangée le calme n’est qu’apparent. Les bergères pressentent l’imminence de la révolution ! Dans le silence de la vieille demeure tout bouillonne intérieurement. C'est ce qu’expriment ces giclures de peinture, nerveuses, rageuses. Papetti est trés réceptif aux “vibrations” émises par certains lieux.

Laissant les palais et les stucs, Papetti a récemment hanté l’usine morte de l’ile Seguin, ce grand vaisseau de l’ère industrielle échoué dans une courbe de la Seine. Ebloui par la démesure du lieu, il a parcouru les halles immenses et résonnantes; passant d’escaliers de fer en coursives suspendues il s’est arrêté un instant devant les dépouilles de monstrueux générateurs; ce qui n'est pas pour nous étonner car, à l'instar de Frankenstein, ce peintre semble avoir besoin d’un certain potentiel de kilowatts pour démarrer! Les toiles qu’il rapporte de ces lieux abandonnés et confus adoptent généralement un point de vue très large. Le peintre ne recule jamais devant la complexité visuelle; l’intrication extrême des ossatures métalliques ne le rebute pas. Il n’a que faire, d’ailleurs, de l’exactitude de l’ingénieur. Son seul motif, là encore, est l’ivresse de l’espace, les jeux de la lumière, l’esprit des lieux. Et pour les saisir dans leur essence, sa main court, sa touche est rapide, légère, transparente.

Avec du recul on se rend compte que la peinture a toujours été un moyen privilégié pour témoigner des grands bouleversements de société. Les analyses des économistes et des sociologues ne s’intéressent pas particulièrement à l'âme deces vestiges de l’ère industrielle qui s’écroulent les uns après les autres. Des générations d’hommes laborieux ont pourtant subi, et peut-être fini par aimer paradoxalement, sans jamais l’exprimer, cet univers de murs en briques, de hautes verrières et de poutraisons rivetées. Sur ce terrain, Papetti, l’Archéologue aventureux d’un passé immédiat est toujours le premier arrivé.

Alain Blondel

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