Un goût partagé pour les formes pleines réunit dans cette exposition commune Monique de Roux, peintre, et José Seguiri, sculpteur. Plutôt que d'observer et de commenter le monde alentour, ils privilégient stylisation et onirisme qui donnent naturellement de la distance et de la hauteur. Tous les deux ravivent les formes d'un temps lointain. Pour l'un comme pour l'autre, des volumes tout en rondeur nous rappellent toute une lignée d'uvres " néo-classiques ", de Ingres à Morandi en passant par Picasso et Balthus.
Longtemps, les seules images de terres lointaines se trouvaient dans les musées ou les salons de peinture. L'avènement de la photographie puis de la télévision, qui a satisfait nos besoins de réalité, nous a détourné de notre capacité à rêver un là-bas. À y projeter une part de nous-même. Ce n'est certainement pas le cas de Monique de Roux.
La splendeur exotique immuable de ses uvres trouve sa source dans sa découverte du Panama où elle a vécu plusieurs années. Le peintre y puise ses visions atemporelles d'une nature idéalisée, pré-touristique. Tout un monde de sensations s'y déploie dans une extraordinaire explosion de cobalt et d'indigo, de jaune et de vermeil, magnifiée par la vibration de fragiles contours. " La couleur est l'art suprême qui est et doit être mystique ", affirme Monique de Roux.
Songe et réalité se confondent incidemment, temps suspendu
Brinquebalés que nous sommes dans les courants si rapides du temps, nous découvrons par les fenêtres de Monique de Roux une étrange accalmie, presque surréelle. Immobilité des personnages, regardant en eux-mêmes, les pieds solidement posés au sol ou le corps pesamment assis sur une balançoire figée. Impression de silence. Le monde s'endort dans une douce chaleur.
José Seguiri, de son côté, évoque les récits fondateurs de notre imaginaire occidental, ces scènes archétypales destinées à se répéter ad vitam æternam. Daphné fuyant l'Amour irrépressible d'Apollon, Éros tentant Vénus avec une coupe de fruits, la duplicité symbolisée par Gaia, l'exaltation de la beauté triomphante telle Hélène sortant de son uf. L'attraction mutuelle des corps a toujours été le grand sujet de Seguiri : une vitalité dionysiaque anime ses personnages en bronze, sans âge ou plutôt d'âge indéfini, entre l'enfance et la maturité. Leurs corps dodus et leurs visages joufflus contiennent difficilement un trop-plein de passion, prêt à jaillir à tout moment. Leurs gestes et attitudes s'accompagnent d'une grâce quasi-divine, dictée par l'empire de leur satiété.
Une évolution est perceptible dans ses sculptures récentes. Le mouvement est accentué par des patines colorées : ses figures brillent de toutes leurs teintes, comme jadis les sculptures antiques avant que le temps ne les efface. De nouveaux matériaux comme l'aluminium apportent une touche glacée à ses compositions. La scène de l'offrande des fruits n'en a que plus de saveur
Incarnation d'une sensualité spontanée, assouvissement du désir. Volupté terrestre partagée par les dieux.