Complicités
Qui dentre nous, hommes, n'a rêvé un jour d'être un artiste? Un surdoué du crayon? Et les dessiner nues? Tous les jours ... Toute la vie ...
Pas si facile... D'abord les faire venir à l'atelier et les mettre en confiance. Surtout : allumer leur regard...Sinon c'est nul. Triste et le dessin ne vaut rien.
Michael Bastow aime les femmes. Elles l'ont parfaitement compris et devinent que son talent sert leur cause. Alors devant son il rieur, entre complices, elles se dévoilent et ne lui cachent rien. En quarante ans (encore faudrait-il voir ses dessins d'enfant) certains ponts d'intelligence se sont créés. Elles se sont passé le mot : Michael est leur meilleur miroir. Son fusain et ses pastels dissertent, digressent, chuchotent, s'énervent souvent, à propos de certaines courbes, de certains reflets sur la peau, sa paume adoucit les rebonds en tendres dégradés. Son trait de charbon est rapide, rageur, souvent effacé d'un revers de la main mais sa trace demeure. Les gestes du dessinateur se superposent, le papier se couvre de trajectoires, les figures se mèlent. Comme il y a trente mille ans... dans les grottes, à la lueur mouvante des flambeaux, quand les panthères étaient si désirables. Incantations, invocations, appels, désirs: la représentation ne peut être que magique. Comme toujours.
Et ses pigments colorés! Bâtons de pastels qui déposent une poudre intense sur la surface rugueuse. Velours, vitrail. Avez-vous déjà vu vraie une boîte de pastels? C'est impressionnant! Des rangées de tiroirs... Des centaines de nuances... mais rien de trop évidemment pour explorer des peaux inconnues, si changeantes selon leur origine, leur histoire, l'heure du jour.
Nombreux autoportraits. Michael, le crâne rasé s'y montre en situation, en premier plan et son modèle au dessus de sa tête par leffet de la perspective: il est attentif, bienveillant, détaché. Ses doigts enserrent fébrilement le morceau de fusain.
Alain Blondel