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Ivan Loubennikov

"peintures récentes" du 09/09/2003 au 31/10/2003

Autre exposition

 

À l’heure où les arts plastiques, de Vladivostock à Vancouver et de Pékin à Romorantin, ont une lourde tendance à jouer la même partition, le petit air d’Ivan Loubennikov nous surprend par un ton plutôt inhabituel ... qui ressemblerait presque à de l’exotisme.

D’évidence, ce peintre possède un grand appétit et ne néglige pas les offrandes de la Nature. Elles abondent dans ses tableaux : baies rouges, poissons, pommes, œufs, bouquets d’églantines, flacons remplis à ras bord. Gourmands de ces richesses : quelques pécheurs à la ligne et, surtout, des femmes, des quantités de femmes. Depuis qu'il les peint, elles forment une multitude. Elles sont grandes, généreuses, fortes, guerrières, inquiétantes. Elles sont frêles, asiatiques, menues et blotties les unes contre les autres, douces. Elles pêchent au clair de Lune...

En vrac, une telle énumération pourrait évoquer des débordements. Rien de tel dans la peinture de Loubennikov. Son art, tout au contraire, tend à la rigueur de l’épure.

Chacun de ses tableaux est, en premier lieu, l’expression d’une idée. Si c’est un personnage qui l’illustre, l’allusion apparaîtra dans un geste inattendu, un regard ou une position insolite, significatifs à des degrés divers. De ce point de vue, l’œuvre de Loubennikov est un surprenant dictionnaire des attitudes. Et si le tableau-thème est une nature morte, c’est une manière de rébus qui éclairera le sens de la juxtaposition d’objets familiers. Comme dans toute œuvre d’art, il faudra s’attendre à ce que plusieurs niveaux de lecture se superposent.

Quant à la mise en place de ces éléments, elle est d’une précision géométrique ; chargée de potentiel, comme le serait une combinaison échiquéenne savante ou une composition constructiviste. Dans son espace maîtrisé, Loubennikov use d’une scénographie toute personnelle où les fonds (souvent des noirs saturés de couleur), quelques rares accessoires et la source lumineuse (principalement chargée de créer des zones d’ombre) ont, comme sur un plateau, une importance essentielle.

Loin de la froideur du concept, l’argument (comme on dit du sujet d’une pièce de théâtre ou de musique) s’apparenterait plutôt à la morale d’une fable. Images légères, ironiques et allusives.

Il ne fait aucun doute que Loubennikov nous livre une peinture profane et même particulièrement terrestre. Dans la forme, pourtant, celle-ci n’est pas si éloignée de la représentation iconique et sacrée ; au moins dans la volonté manifeste de prendre ses distances avec la réalité du quotidien, et de situer la représentation du thème dans un autre monde. Significatif, de ce point de vue, est le choix qu’il fait de la perspective inversée, convention commune à l’enluminure religieuse russe et à la peinture traditionnelle orientale.

Il n’y a rien de temporel dans l’Art de Loubennikov. Il échappe au stress de l’instant présent et tend toujours vers l’archétype. Il n’est certainement pas indifférent aux affaires du Monde, mais nous donne, sur son actualité, une interprétation réfléchie et résonnante, d’une autre nature que le commentaire rationnel qui, trop souvent, nous accable.

Alain Blondel 28/6/03

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