PEINTURES RECENTES (2002-2003)
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« Elle dort dans l'herbe », « Elle regarde un tableau », « Elle met sa chaussure », « Elle regarde une bague »... Mes tableaux sont comme ces petites phrases : un pronom féminin à la troisième personne du singulier, puis tout de suite après, ne faisant qu'un avec lui, lui collant à la peau en quelque sorte : un verbe songeur. Le reste est tout à fait secondaire, de l'ordre du décor. Ce qui compte est « elle » et son attitude.
« Elle » est à la fois réelle, un de mes modèles -Julia, Anne-Claire, Rivka, Céline ou Anne-, et irréelle, fruit de mon admiration pour quantité d'oeuvres du passé, produit historique. Vivante ambiguïté qu'on retrouve dans presque toutes les oeuvres d'Ingres à qui, pour cette raison, j'ai voulu rendre hommage avec une Baigneuse de dos.
Les attitudes sont « posées » dans un double sens. Elles correspondent aux poses que je mets au point avec le modèle en prévision de longues séances de travail : pas question de gestes énergiques et trop fatigants à tenir. Et pas question non plus de rire aux éclats ou de pleurer à chaudes larmes : « posées » se définit également comme dans le Larousse : sérieuses et graves. Mes personnages sont plus nus aujourdhui qu'hier. Je me suis rendue compte après coup que je ne suis pas la seule à avoir évolué dans ce sens. Disant cela, je ne fais pas allusion au développement de la pornographie, mais bien au contraire à ce qui se passe en danse classique, par exemple, où les corps, de plus en plus souvent débarrassés de leur tutu XIXe siècle, retrouvent l'innocence du Paradis davant la Chute