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Arno Rink, Ulrich Hachulla, Michael Triegel

"Trois peintres de Leipzig" du 22/05/2010 au 10/07/2010

Autre exposition

 


Stilleben


La Musica (Entwurf zum Deckengemälde für die Dommusik in Würzburg)


Puppenkopf und Spiegelscherbe


Eine Auferstehung


Auferstehung


Auffindung (Sebastian)


Glaube, Liebe, Hoffnung


Schlafende Ariadne (kleine Fassung)


Tod der Ophelia


Selbst auf dem Rummel


O Heiland, mach mich frei (zu Paul Fleming)


Auf dem Grimselpass


Auenlandschaft


Sunset


Karneval


Karneval


Blackbird


Rummel


Kopfstand


Hörspielprobe I


Abend


Späte Versuchung


Der Schatten


Am Strand von Obriariatan


Nacht der Gaukler


Atelier I


Nächtlich heimwärts III


Judith


Diana


Swimmingpool

Pour la première fois en France depuis 1981, date d'une exposition au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, seront présentés simultanément trois artistes de Leipzig : Arno Rink, Ulrich Hachulla et Michael Triegel. Bien qu'issus de deux générations différentes, tous trois appartiennent à ce que l'on nomme communément l'école de Leipzig. Les termes Ecole de Leipzig et Nouvelle école de Leipzig s'appliquent à un ensemble d'artistes aux productions pourtant bien différentes, différences parfaitement illustrées par l'éventail d'œuvres exposées à la galerie Alain Blondel. Elèves du temps de l'ex RDA, Arno Rink et Ulrich Hachulla furent élevés au rang de professeurs au sein du prestigieux établissement. Leur disciple, Michael Triegel, représente la Nouvelle école de Leipzig, dénomination adoptée après la réunification des deux Allemagnes.

L'école de Leipzig, première génération et influences

Née en 1764 à Leipzig, la Hochschule für Graphik und Buchkunst de Leipzig, abrégé HGB, fut rebaptisée ainsi dans les années 50. Dix ans plus tard déjà, sous l'impulsion d'un trio d'artistes-fondateurs, virtuoses et engagés - Werner Tübke, Wolfgang Mattheuer et Bernhard Heisig - l'école prend son véritable essor. Plusieurs générations d'artistes remarqués et remarquables, s'y imprègnent d'un enseignement " académique " bien caractéristique, dans lequel le dessin et la gravure occupent une place de choix. Ici, la figuration prime sur l'abstraction. La technique, digne des anciens maîtres, confère aux œuvres une lisibilité et un caractère narratif qui ne peut que séduire.
Chaque peintre développe son propre langage pictural par lequel il délivre par le biais de nombreuses métaphores, un message accusateur, d'espoir, de rêve, de liberté. Il en est déjà ainsi dans les œuvres de la première génération de l'école de Leipzig. Les toiles ressemblent souvent à un puzzle composé de saynètes isolées formant un rébus dont les énigmes viennent contredire la lisibilité apparente de l'iconographie.
Cette première génération d'artistes a fortement influencé ses élèves, ses fils spirituels. Ceux de Tübke et de Mattheuer ne sont autres qu'Arno Rink et Ulrich Hachulla. De leurs prédécesseurs, ceux-ci retiennent le figuratif, la connaissance du vocabulaire stylistique et artistique, ainsi que la décomposition de la surface en plusieurs plans sans perspective unique.
L'école de Leipzig est donc le fruit d'un patrimoine commun se transmettant - avant la réunification et encore de nos jours - d'une génération à une autre, du professeur à l'élève, qui sera à son tour chargé de l'enseigner. Cet héritage implique une connaissance d'une certaine histoire de l'art, celle des mouvements artistiques nés avant que le rideau de fer ne retombe et vienne séparer les artistes et les courants artistiques de l'est et de l'ouest. Ce cloisonnement explique l'absence notable d'œuvres abstraites dans l'école de Leipzig. Après la chute du mur, elle a connu un véritable renouveau avec une troisième génération d'artistes, celle formée par Arno Rink et Ulrich Hachulla et que l'on appellera la Nouvelle école de Leipzig. Son chef de file est sans aucun doute Néo Rauch. Matthias Weischer, David Schnell, Tim Eitel, Tilo Baumgärtel, Martin Eder, Martin Kobe, Christoph Ruckhäberle et Michael Triegel complètent ce tour d'horizon.
L'école de Leipzig n'est pas représentative d'un conformisme stylistique, ni d'une idéologie commune, ni d'un courant marginalisé. Elle désigne avant tout un établissement d'enseignement supérieur d'art et lettres, où beaucoup d'artistes renommés ont étudié et enseigné sous le système socialiste, puis capitaliste, sans cependant servir aucun de ces systèmes. Les artistes les ont analysés et enfouis dans une peinture de style traditionnel, qui montre aussi bien des tendances expressives que réalistes.
L'exposition à la Galerie Alain Blondel met en lumière ces dissemblances et ces liens existant entre les différentes générations. Après un demi-siècle de peinture génératrice de diversité artistique et stylistique, l'école de Leipzig née en dépit du système politique a atteint une nouvelle dimension de la spiritualité de l'art et dans la peinture en particulière.

Ulrich Hachulla

Né en 1943 à Heydebreck en Haute-Silésie, Ulrich Hachulla commence ses études en 1963 à la " Hochschule für Grafik und Buchkunst " de Leipzig chez Harry Blume, Hans Mayer-Foreyt et Werner Tübke. Enfin en 1968, il suit les cours de Bernhard Heisig puis travaille comme assistant à l'école de Leipzig chez Werner Tübke et devient finalement son " Meisterschüler ". Dès 1974, Hachulla encadre des élèves de l'atelier de gravure de la HGB et devient enseignant-responsable en 1978. La même année, il obtient le prix d'art de la ville de Leipzig et en 1983, le prix d'art de la RDA. Professeur de gravure à l'école de Leipzig depuis 1993, il obtient les éméritats en 2008. Plusieurs musées allemands (Cottbus, Leipzig, Frankfurt/Oder et Schwerin) possèdent des œuvres d'Ulrich Hachulla, également prisées par les collectionneurs privés.

Ulrich Hachulla crée des images entre " ostalgie " (nostalgie de la RDA) et modernité. La surface de la toile se compose d'un patchwork de plans faisant perdre au spectateur les notions d'espace et de temps. Entre les différents plans, un changement d'action ajoute à la confusion. L'immobilité muette des personnages du premier plan contraste avec la foule agitée et loquace de l'arrière-plan. Une impression de sagesse émane des personnes au regard grave, peints dans une attitude figée. Ils semblent faire leur introspection. Le temps s'est arrêté sur eux, tandis que derrière eux la vie continue dans sa folie, son agitation, son insouciance. Parfois, l'artiste lui-même se substitue aux acteurs taciturnes ou volubiles, préoccupé par sa propre analyse et animé par le désir de comprendre la société dans son ensemble. Un personnage qui marche sur les mains semble observer ce monde à l'envers, à moins que par ce geste il tente d'amortir une inévitable chute. L'esquisse d'une chute pourrait traduire la dégénérescence de l'humanité. Dans une autre toile, des jambes de femmes aux escarpins roses flottent dans le ciel. Dans une autre encore, un oiseau noir, pique la tête la première, bec ouvert, sous les yeux d'une foule rassemblée. Quel signe de mauvais augure et de déchéance !
La peinture de Hachulla est objective, parfois cruellement précise. Elle montre la vérité des choses, y compris la laideur. L'héritage du passé se manifeste de façon évidente dans les personnages allongés et la réminiscence maniériste des coloris utilisés. Les titres, le découpage de l'espace en plans juxtaposés, les formats (diptyque) et les attitudes des personnages rappellent ceux des œuvres de Max Beckmann. Hachulla y rajoute sa touche de réalisme et de modernité qui rend le tout plus inquiétant. Dans ce théâtre de silence, les personnages, prennent la pose comme de véritables acteurs et jouent leur rôle à la perfection. On se sent proche des personnages représentés, enfermé avec eux dans l'étroitesse inconfortable d'un espace raréfié. Leur malaise se ressent, écartelés qu'ils sont entre solitude et envie de fuir vers un monde lointain, entre l'Ostalgie des concepts démodés et la modernité, entre l'amusement et l'ennui. Les œuvres relatent ainsi la vie et les angoisses des artistes de l'Allemagne de l'est. Les espoirs nourris derrière le mur, seront en partie déçus après sa chute. On sent une certaine nostalgie du temps passé et qui commence à s'effacer. Ces idées, Hachulla les traduit aussi parfaitement dans ses natures mortes: l'une, représentant un paquet de lessive Spee (produit est-allemand), est peinte dans des couleurs délavées, l'autre montre des tiroirs vidés, dont tous les secrets ont déjà été révélés.

Arno Rink

Né en 1940 à Schlotheim (Thuringe), Arno Rink tente une première fois d'entrer à la " Hochschule für Grafik und Buchkunst Leipzig " en 1961, mais son dossier est refusé. L'année suivante, sa deuxième tentative d'admission à la HGB est couronnée de succès et Rink débute, à l'instar de Hachulla, son Grundstudium chez Werner Tübke, Hans Mayer-Foreyt et Harry Blume. Il termine ses études en 1967 par la Fachklasse (classe professionnelle) de Bernhard Heisig. En 1969, Arno Rink, alors assistant chez Gerhard Eichhorn (classes d'arts graphiques) à la HGB, se découvre une vocation d'enseignant. En 1975, il accepte un poste de chargé de cours et de 1978 à 2005, dirige la classe professionnelle de peinture et d'arts graphiques avant d'être promu professeur en 1979. En 1986, il figure parmi les artistes choisis pour exposer à la Biennale de Venise, expérience qu'il réitère en 1990. De 1987 à 1994, il occupe le poste de recteur de la HGB et celui de vice-recteur jusqu'en 1997. L'éméritat, obtenu en 2005, ne l'empêche pas d'encadrer une Meisterklasse jusqu'en 2007. Son élève, Néo Rauch, l'une des stars de la Nouvelle école de Leipzig reprendra ses fonctions à la HGB, comme le veut la coutume à Leipzig.

Aujourd'hui il rêve de peindre une toile toute noire, mais après tant d'années consacrées à la figuration, celle-ci resurgit quasi automatiquement dans ses œuvres. Néanmoins depuis les années 90 des voiles colorés apparaissent dans son œuvre cachant l'identité de ses personnages. Ces derniers souvent vus de dos ressemblent, à des mannequins ou des fantômes malgré un parfait rendu académique des corps. Parmi ces silhouettes, on reconnaît à plusieurs reprises l'artiste lui-même. Dans ce monde abstrait à l'atmosphère menaçante, la vision est brouillée d'illusions perdues où les silhouettes rappellent les mythes éternels. Le mythe est le rêve de l'humanité, le rêve est le mythe de l'homme. Don Quichotte, Icare, personnages ailés faisant penser aux premières machines volantes, sortes de vampires, la mort : l'espoir de s'envoler toujours plus loin reste un rêve inaccessible et absurde pour des êtres humains soumis à tant d'interdictions. Sous une forme différente, la nostalgie du passé émerge aussi par le biais de références iconographiques à ses aînés (Bernhard Heisig, Max Beckmann). Des chiens, des natures mortes, des chevalets, viennent combler l'espace à dominance bleue, rouge, mauve ou verdâtre qui enveloppe les figures énigmatiques et étranges. Ces détails ajoutent du figuratif, du réalisme, du quotidien, du traditionnel (Diane chasseresse accompagné du chien), de l'érotisme à cet univers surréaliste. Entre abstraction et figuration, les œuvres récentes semblent refléter une phase de transition, un désir de quitter la figuration attachée à jamais à l'école de Leipzig, étiquette devenue trop restreinte, pour explorer enfin le monde de l'abstraction. La figuration commence à s'évaporer dans un monde d'au-delà abstrait dont l'avenir tient entre les seules mains d'Arno Rink, l'un des plus grands artistes de Leipzig.

Les Malermacher (fabricants de peintre) Arno Rink et Ulrich Hachulla ont dispensé un enseignement qui exige concentration, dur labeur et rigueur. Cette discipline, ils l'attendent de leurs élèves comme d'eux-mêmes. Sur le marché de l'art international - où leurs travaux atteignent des prix faramineux - leur réussite et celle de leurs anciens étudiants (Tilo Baumgärtl, Tim Eitel, Martin Kobe, Néo Rauch, David Schnell...) leur donnent raison. Ulrich Hachulla et Arno Rink forment la clé de voûte de l'école de Leipzig, à la jonction entre les fondateurs (Bernhard Heisig, Werner Tübke, Wolfgang Mattheuer) et la jeune génération. Leur enseignement a donné toutes ses lettres de noblesse à la " nouvelle école de Leipzig ".

Michael Triegel

Né en 1968 à Erfurt (Thuringe), Michael Triegel s'inscrit en 1990 à la HGB dans la classe de peinture du professeur Arno Rink pour perfectionner son art. Il obtient son diplôme en 1995 et décide de poursuivre sa formation dans la classe professionnelle encadrée par le professeur Ulrich Hachulla dont il sort en 1998 avec son Meisterschülerdiplom en poche. Depuis 1996, Michael Triegel expose régulièrement ses peintures aux Etats-Unis, de Bad Frankenhausen à Chicago, belle ascension récompensée par différents prix: lauréat du Deutschen Kunstpreis (1996), lauréat des VR Banken (1996/97), Prix de la DRAGOCO AG (1998), Helen-Abbott-Förderpreis für bildende Kunst (1999). Ses œuvres font maintenant partie de plusieurs collections privées aussi prestigieuses que celles du designer allemand Wolfgang Joop, de l'artiste Yoko Ono ou de Samuel Sachs II, directeur de la collection Frick de New York.

Le travail pictural de Michael Triegel bénéficie d'une maîtrise technique digne des maîtres anciens associée à un langage formel élégant et éloquent. Ses paysages, souvent exécutés en chemin lors d'un voyage et à l'aquarelle, sont ensuite retravaillés en atelier et témoignent de son grand art. Les allusions allégoriques, mythologiques et christologiques, les attitudes, les compositions et les effets de lumière témoignent d'une connaissance approfondie de l'histoire de l'art - du Moyen Age à la Renaissance, de la peinture caravagesque au surréalisme. Ces caractéristiques de l'art de Triegel peuvent surprendre aujourd'hui, car devenues rares dans un contexte artistique dominé par l'abstraction et des installations conceptuelles. Pour Triegel, ce ne sont là que des métaphores, dont le symbolisme demeure vivant. Ces archétypes permettent à l'artiste de questionner le monde actuel. En effet, une observation détaillée de l'iconographie permet de déceler des anachronismes évidents. Seuls quelques détails révèlent que les tableaux ne sont pas des œuvres anciennes, mais bien des toiles contemporaines: un vêtement moderne (bonnet de fourrure, fermeture éclair), une connaissance scientifique du corps (fœtus), un changement insolite (des objets menaçants se muent en objets pacifiques: couteaux transformés en poissons, flèches en fleurs ; la bougie classique est remplacée par une bougie à chauffe-plat ; à l'homme se substitue un mannequin en bois articulé)... Ces anachronismes sont propices à l'ambiguïté, voire au doute, et chambardent le mythe " ancien ", la pensée " chrétienne ", le passé et le présent, tout en posant des questions existentielles, critiquant certains acquis et s'affichant comme des provocations. Dans ses nombreux autoportraits, Triegel - en adoptant des poses inspirées de tableaux célèbres de l'histoire de l'art - s'interroge aussi sur le rôle de l'artiste en général et son propre destin.
Comme celles de ses professeurs, les toiles de Triegel montrent des points communs avec les artistes de la " Neue Sachlichkeit " (nouvelle objectivité), notamment certaines œuvres d'Otto Dix où l'on discerne des thèmes inspirés de tableaux religieux du XVe-XVIe siècles mais modernisés pour prendre en compte l'histoire contemporaine.
Sous les allures d'un maître de la Renaissance ou d'un peintre romantique, Michael Triegel délivre des messages qui restent volontairement énigmatiques. Le réagencement des parties de son habile puzzle ne donne pas la solution du rébus. La modernité déguisée de ces tableaux vêtus d'un bel habit ancien s'adresse bien au spectateur contemporain. Elle traduit notre actualité comme le vécu des jeunes artistes après la chute du mur. Triegel analyse, tel un psychologue, un monde chamboulé par les soubresauts d'une époque pleine de changements. Ses croyances ébranlées, l'homme reste seul avec ses espoirs et ses angoisses, tentative métaphysique et ontologique de comprendre ce monde confronté inébranlablement aux mêmes joies et souffrances (la mort, la naissance, le bonheur, la trahison, l'amour, la solitude). L'art de Triegel : un monde moderne fait d'archétypes peints à la bella maniera.

Christina Weising

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