Sept années se sont écoulées depuis la dernière exposition du peintre Ivan Loubennikov à Paris ; une longue période marquée par la réalisation de monumentales décorations pour le métro moscovite mais aussi pour le métro parisien. Situé dans les couloirs de la station Madeleine, l'immense vitrail " Ryaba la poule " (3 x 6 mètres) raconte l'histoire de la Russie à travers ses symboles. C'est le remerciement de la ville de Moscou à la RATP, généreuse donatrice d'un ensemble d'Hector Guimard. Cet échange Guimard-Loubennikov témoigne de la notoriété du peintre en Russie
Cette reprise de la peinture affirme un plaisir de l'acte de peindre, une joie dont témoigne le choix des sujets à forte connotation édénique. Ayant installé son atelier dans sa datcha près de Moscou, Loubennikov prolonge avec fantaisie ce thème de la campagne russe filtré par l'il de l'architecte. C'est en constructeur qu'il structure l'ensemble des éléments et qu'il combine les jeux de lumière et de reflets ; mais en poète qu'il y insuffle une tonalité bucolique.
Beaucoup d'emprunts à l'histoire de la peinture sont mis en scène avec plus ou moins d'ostentation par Loubennikov. Sujet souvent abordé par les peintres russes (Malevitch pour n'en citer qu'un), les scènes campagnardes ou les parties de pêche de Loubennikov tranchent par leur humour franc et distancié. Son génie visuel utilise tout un arsenal d'effets et d'astuces qui lui permet d'opérer des décalages : paysages anthropomorphes dans une version revisitée du Déjeuner sur l'herbe de Manet, effet de perspective qui déplace L'Angelus de Millet entre les jambes d'une femme. Iconoclaste ? Plutôt un dialogue savant et ludique entre histoire de l'art, perception de la réalité et construction imaginaire.
Le sortilège féminin, peut-être son unique sujet, trouve dans cette nature un cadre idéal, un écrin même. C'est la Beauté inaccessible, assise sur un ponton de l'autre côté de la rive, offerte au regard du pêcheur ; c'est la femme tentatrice passant son chemin ; les statues en pierre ornant un palais de la nouvelle bourgeoisie
Profane par bien des aspects, sa peinture parle aux sens et les exalte. Adepte d'une épure formelle, extrêmement stylisée, il déploie un langage plastique et poétique dont le mystère se cache sans doute quelque part entre la Russie et l'Europe.
" La composition est mon spectacle. Le spectacle de l'uvre et le spectacle de la vie se rejoignent sur la toile. " Ivan Loubennikov.
Biographie
Né à Minsk en 1951, Ivan Loubennikov a étudié au Surikov Moscow State Arts Academy dont il sort diplômé en 1976. Depuis cette date, de nombreuses expositions lui ont été consacrées en galerie et musée. Ses uvres figurent dans de prestigieuses collections privées ou publiques tels que la Tretyakov Gallery, le Moscow Museum of Modern Art, le State Russian Museum, le Museum of the Academy of Fine Arts de Saint-Petersbourg, le Peter Ludwig Museum à Cologne, etc.
Depuis une dizaine d'année, Loubennikov s'est consacré à plusieurs projets de décoration monumentale dans le métro de Moscou et à Paris.